Tome 1 : interview de l’auteur

Voici une interview réalisée en avril 2018 par Mathilde, des éditions Mame  / Fleurus, au sujet du « Secret des murmureurs », tome 1 de la série « Les Loups ».

Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture et plus particulièrement celle du « Secret des murmureurs » ?

Déjà, enfant, j’aimais écrire des histoires, des poèmes. J’ai écrit mon premier récit complet en CE1 (un garçon devenant ami avec des loups…!) et j’ai commencé à imaginer un premier roman, dont les héros étaient des scouts, en 6e, l’année même où je suis devenu éclaireur. Par la suite, j’ai écrit beaucoup de nouvelles, de poésies, pour mon plaisir et mes proches, puis je suis devenu journaliste, métier que j’ai exercé durant 17 ans. Le soir et le week-end, après le travail, j’ai achevé mes premiers vrais romans, en pensant souvent à mes deux filles, alors très jeunes, me disant qu’elles pourraient les lire plus tard.

En 2011, j’ai abandonné le journalisme et j’ai écrit de manière plus intensive. « Le Secret des loups » est mon 25e roman, mais le premier ayant pour héros des guides et des éclaireurs. J’ai adoré le scoutisme, j’ai toujours estimé les idées de Baden-Powell formidables, mais j’attendais d’avoir la bonne idée et l’envie de m’y mettre ! Ma fille cadette étant devenue guide, je me suis lancé dans l’écriture du « Secret des murmureurs » début 2017…

Pourriez-vous nous raconter une anecdote sur votre façon d’écrire ?

J’aime écrire tôt le matin, quand personne n’est encore éveillé dans la maison, ou plus tard, en ouvrant la fenêtre quand il fait beau. Lorsque j’écris la première version, j’écoute en général de la musique, qui me donne un rythme, et m’emporte dans mon histoire. Par contre, j’aime imaginer mes histoires un peu partout, y compris durant les vacances… dans les Hautes-Pyrénées, par exemple.

Cette fois, cependant, je n’ai pas terminé seul le roman, avant de l’envoyer à l’éditeur. J’ai voulu m’inspirer des méthodes de Baden-Powell, et donner la parole, ainsi qu’un vrai rôle de conseiller, en leur faisant confiance, à Hippolyte, un éclaireur âgé alors de 15 ans et à une guide de 14 ans (Camille, ma fille cadette). Ils ont répondu à beaucoup de mes questions, en cours d’écriture, puis étudié le texte en s’impliquant vraiment, en me faisant des remarques (parfois impitoyables !). J’ai tenu compte de bon nombre d’entre elles. Je pense que cette démarche était très importante, et je travaille de nouveau avec eux sur le tome 2. L’un est désormais chef de patrouille, et l’autre seconde d’équipe.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ce roman ?

D’abord, je voulais parler du scoutisme, raconter les moments de bonheur qu’il procure, et expliquer pourquoi cette invention incroyable attire encore autant de jeunes. J’ai aimé, adolescent, lire des romans scouts, mais je souhaitais proposer un récit avec des héros vraiment inscrits dans notre époque. Ces scouts ont des portables, utilisent Google, ont des préoccupations d’aujourd’hui. En même temps, je voulais leur permettre de vivre (ainsi qu’aux lecteurs, par procuration) des aventures extraordinaires. J’ai imaginé des loups courant aux côtés de guides et éclaireurs dans un grand jeu. Avec ce rêve en tête, j’étais obligé de me lancer!

Par ailleurs, j’ai toujours aimé les récits pleins de mystères, mais réalistes. Il n’y a pas de magie dans « Les Loups ». Même si des adolescents semblent contrôler des animaux par la pensée, ce ne sont pas des sorciers. Je voulais rester crédible. Ces phénomènes paraissent étranges, mais ils sont pourtant tout à fait plausibles dans le monde d’aujourd’hui… ou dans un futur très proche.

Qu’est-ce que vos années de scoutisme vous ont apporté ?

Elles m’ont appris à contempler, respecter, mais aussi redouter la nature. C’est une leçon plus que jamais d’actualité ! On peut l’utiliser, la faire fructifier, mais nous devons rester humbles face à elle, car elle reste la plus forte. Il suffit d’avoir tenté d’allumer un feu sous une averse en hiver, en bondissant de joie quand on y parvient enfin, ou d’avoir marché en pleine nuit en forêt, pour comprendre ces choses simples. Ce sont des actes banals pour des scouts, mais pas pour la plupart des gens, aujourd’hui.

J’ai aussi appris à faire confiance aux autres, de manière totale. L’humain n’est pas fait pour vivre seul, mais en communauté, chacun complétant les capacités des autres et respectant ses différences, comme dans une patrouille.

Enfin, j’ai appris, adolescent, à vivre sous le regard bienveillant d’adultes, qui nous prenaient au sérieux, mais aussi sans eux, lors des activités de patrouille par exemple ! Ce n’est possible, sans que la situation dérape, que dans des mouvements à vocation pédagogique tels que le scoutisme, où chaque adolescent a des responsabilités claires, et où les plus âgés veillent sur les plus jeunes. C’était une école de liberté formidable. Alors que je partais en camp d’été à l’âge de 13 ou 14 ans avec mes meilleurs amis, beaucoup de mes camarades de classe passaient toutes leurs vacances avec leurs parents. Je préférais de loin ma situation !

Escalade vers la Brèche de Roland, à Gavarnie dans les Hautes-Pyrénées, où se déroule « Le Secret des murmureurs ».

Quel est votre souvenir le plus marquant d’un camp ?

J’ai participé à un camp international en 1984, et c’est un superbe souvenir, même si ce n’était pas un camp typique. De manière générale, j’ai adoré les grands jeux, les veillées… Voici une anecdote qui m’a vraiment marqué : lors d’un grand jeu, à l’âge de 13 ans, dans la forêt de Brocéliande, en Bretagne, mon chef de patrouille m’a demandé d’aller chercher de l’eau à la fontaine de Barenton – une quête nécessaire pour espérer gagner le jeu. A l’époque, le sentier n’était pas balisé et je me suis perdu… mais j’ai fini par tomber sur cette fontaine dite magique, baignée par les légendes des chevaliers de la Table ronde. On dit qu’il se met à pleuvoir si l’on verse de l’eau sur le perron de la fontaine. Pour le vérifier, j’en ai renversé des litres ! Le soir, il y a eu un monstrueux orage. Nous dormions sous un hangar agricole métallique, et les éclairs fusaient de partout, le tonnerre était assourdissant. Tous les scouts de la patrouille m’ont dit que j’avais été vraiment inconscient de verser toute cette eau ! C’est probablement depuis cette époque que j’écris des histoires pleines de mystères…

Comment se met-on dans la peau d’adolescents ?

On a trois options. D’abord, utiliser ses souvenirs, car si le monde change, les réactions des adolescents restent à peu près les mêmes. Ensuite, faire preuve d’empathie, et tenter de se mettre à la place de jeunes d’aujourd’hui. Je peux par exemple observer mes deux filles, leurs amis, les écouter… Enfin, il reste des traces en nous de chaque époque de notre vie. Certains les oublient assez vite, d’autres se souviennent des sentiments, des rêves, des points de vue. Ils ont gardé cela en eux. Je crois qu’un auteur mêle ces trois techniques, sans vraiment en être conscient au moment d’écrire.

Quel regard portez-vous sur les nouvelles technologies ?

C’est une question quasi philosophique qui nécessiterait de longs développements. Dans mes romans, et je le crois dans la vie aussi, les nouvelles technologies sont toujours à double face. Une face brillante, intéressante, et une face plus sombre, dont il faut être conscient. En général la face sombre apparaît en cas d’abus, de fascination malsaine. C’est le cas, par exemple, des portables. Très pratiques, c’est vrai, mais aussi extrêmement envahissants, si on les y autorise.

La nature, à laquelle nous appartenons, regorge de processus et de réactions encore mystérieux. Si quelques technologies permettent d’améliorer ou soulager physiquement l’humain, chose que nous faisons depuis longtemps, en médecine par exemple, c’est intéressant… mais l’homme doit rester humble et se méfier de sa prétention. Vouloir modifier la nature même de l’homme, c’est au fond refuser d’en être un, et être très pessimiste sur les capacités de notre espèce. Vouloir devenir invincible ou immortel, c’est aussi refuser l’idée de la mort, ce qui me paraît un dangereux mirage. On risque de tomber de haut.

A votre avis, quand pensez-vous que votre fiction va devenir réalité ?

J’espère qu’elle ne le deviendra pas, c’est un peu l’objectif de ce genre de récit… car si on peut manipuler des animaux par la pensée grâce à de nouvelles technologies, pourquoi pas des humains ? On imagine vite les dérives qui pourraient en découler. Mais le contrôle de machines par la pensée existe déjà dans de multiples domaines. Ces technologies peuvent être très intéressantes pour aider, par exemple, des personnes souffrant de handicap.

Quels sont vos 4 romans indispensables ?

Question difficile car mon choix varie selon les années, la saison, et même le roman que je suis en train d’écrire !

Je vais citer «Sa majesté des mouches », de William Golding, qui montre l’affrontement entre deux groupes de jeunes, isolés sur une île. Certains basculent dans la sauvagerie, alors que d’autres tentent de rester civilisés. « Ça » de Stephen King, car j’aime beaucoup cette bande de gamins sincères et sympathiques confrontés à un monstre abominable, et l’empathie de l’auteur pour ces jeunes personnages. Dans un autre registre, j’admire Ernest Hemingway (« Le soleil se lève aussi » ou « Le vieil homme et la mer », par exemple) pour sa manière d’écrire, de dire des choses profondes avec des mots simples.

Enfin, je plébiscite « L’île mystérieuse » de Jules Verne. J’adore les îles, surtout les îles étranges, et les naufragés qui parviennent à améliorer leurs conditions de vie avec ce qu’ils ont sous la main. J’ajoute en bonus « Le bracelet de vermeil » de Serge Dalens, parce que j’ai aimé cette histoire, mais aussi parce que j’ai correspondu avec l’auteur quand j’avais 18-20 ans. J’en parle à la fin du « Secret des murmureurs ».

Quels héros de fiction aimeriez-vous rencontrer ?

Je crois que les chevaliers de la Table ronde n’ont pas vraiment existé, mais, au cas où, j’aurais bien aimé les croiser. Je vais m’arranger pour les inviter dans le tome 2 des « Loups », qui se déroulera en forêt de Brocéliande…

Et dans une autre vie, vous aimeriez être ?

J’aurais bien aimé croiser Baden-Powell, à l’époque du siège de Mafeking. John Goodyear est le premier adolescent à qui il a confié de vraies responsabilités. Ce devait être incroyable, à l’âge de 13 ans ! Adulte, j’aurais aimé être explorateur, aux dix-neuvième siècle par exemple, quand de nombreuses zones de la planète n’avaient pas encore été cartographiées…

Publicités